[ DOSSIER N°0 ] : L’ANATOMIE D’UNE VOCATION

Il y a des moments dans la vie où l’on cesse de regarder le monde pour commencer à le disséquer. Pour moi, ce n’est pas arrivé dans un amphi de fac. C’est arrivé dans le silence de mon salon, entre deux vies, quand j’ai compris que l’ombre ne reculait que si on décidait d’y entrer avec une lampe torche et un putain de caractère.

On me voit aujourd’hui comme une « Sentinelle » en devenir, une femme de 30 ans qui jongle avec le jargon de la PTS et les protocoles ANACRIM. Mais derrière les scripts Python et les analyses de modus operandi, il y a une réalité beaucoup plus brute. J’ai 15 ans de vie commune, un mari qui est mon ancrage, et trois enfants qui sont ma raison de ne pas devenir folle face à l’horreur. Mais j’ai aussi un passé. Des cicatrices qui, au lieu de me ralentir, sont devenues mes meilleures alliées. Elles sont ma vision nocturne.

Le système aime les parcours fléchés. Bac, Licence, Master, Concours. Moi ? J’ai pris le chemin de traverse. Être autodidacte dans le monde de l’investigation criminelle, c’est comme essayer de monter une arme les yeux bandés pendant que quelqu’un vous hurle dessus. C’est dur, c’est ingrat, mais quand vous y arrivez, vous connaissez chaque pièce, chaque rouage, chaque défaillance.

Mon labo, c’est mon terminal. Mes profs, ce sont les rapports de la PJ, les archives du Darknet et les bouquins de psychologie criminelle que je dévore quand tout le monde dort. Je ne sais pas encore tout ? C’est ma plus grande force. Parce que celui qui croit tout savoir cesse de chercher. Et dans ce métier, dès que tu cesses de chercher, tu es mort. Ou pire : tu laisses quelqu’un d’autre mourir.

Pourquoi la pédocriminalité ? Parce que c’est là que se trouve le mal absolu, celui qui se cache derrière des pseudos anonymes et des réseaux chiffrés. C’est là que l’humanité abdique. Et c’est là que j’ai décidé de me tenir.

Travailler dans l’informatique pour la PTS, ce n’est pas juste extraire des données d’un disque dur poussiéreux. C’est pister un prédateur à travers les méandres du web, c’est comprendre sa mécanique, c’est anticiper sa prochaine pulsion. C’est transformer des octets en preuves, et des preuves en barreaux de cellule. C’est un combat technique, psychologique et moral. C’est pour ça que je vise l’ICC, Europol, Interpol. Je ne veux pas juste jouer dans la cour de récré ; je veux être là où les décisions se prennent, là où la traque devient mondiale.

Soyons honnêtes deux minutes : réviser le Code de Procédure Pénale entre deux biberons, c’est une forme de torture médiévale. Mon humour piquant et mon sarcasme ne sont pas des accessoires de mode, ce sont mes gilets pare-balles. Si je ne riais pas de l’absurdité de certaines situations, je finirais par autopsier mon propre moral.

Mon mari et mes enfants sont mon « Safe Space ». Ils sont ce qui me rappelle que la normalité existe, que l’amour est réel et que tout ne finit pas dans un sac à scellés. Mais dès que je rallume mon écran, cette femme disparaît pour laisser place à l’enquêtrice. Celle qui ne fait pas de sentiment, celle qui analyse la déviance avec la froideur d’un chirurgien. L’âme est sous l’armure, et l’armure est verrouillée.

Ici, vous ne trouverez pas de théories fumeuses ou de sensationnalisme de bas étage. Je ne suis pas là pour vous raconter des histoires de fantômes, mais pour vous montrer la réalité de l’abîme vue par quelqu’un qui apprend à le dompter. Mon site, c’est ma Mémoire du Scellé. C’est là que je dépose mes analyses, mes tests d’outils, mes réflexions sur la psyché humaine.

Je n’ai pas de badge pour l’instant. Je n’ai pas de bureau en PJ. Mais j’en ai la certitude. La certitude que chaque heure passée à décoder un réseau sombre, chaque note prise sur le narcissisme malin, chaque révision du concours PTS me rapproche de ma cible. Je ne sais pas encore tout, mais je cherche partout.

Nyx est en place. Et elle ne compte pas bouger.

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